POMPÉI LA VIE ET L’ART EN 79 APRÈS J.-C.

CHRONOLOGIE BASÉE SUR LES PIÈCES DE MONNAIE DE LA COLLECTION DU MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL

UN CARREFOUR COMMERCIAL

DIEUX ET EMPEREURS

LOISIRS ET DIVERTISSEMENTS

IL GABINETTO SEGRETO

VIE DE LUXE

LES CULTES DOMESTIQUES

LES BANQUETS

LE RÔLE DES FEMMES

LE JARDIN ENCHANTÉ

LE 24 AOÛT ?

RÉCIT D’UN TÉMOIN

RAPITI ALLA MORTE

DOCUMENTAIRE L’ÉRUPTION DU VÉSUVE DE 1944

UNE ÉRUPTION PLINIENNE

POMPÉI LA VIE ET L’ART EN 79 APRÈS J.-C.

POMPÉI LA VIE ET L’ART EN 79 APRÈS J.-C.

En l’an 79, le Vésuve, un volcan situé dans le sud de l’Italie, se réveille subitement et entre violemment en éruption. En moins de vingt-quatre heures, des villes prospères de la baie de Naples – Pompéi, Herculanum et Stabies – sont ensevelies sous des mètres de cendres, disparaissant de la surface de la terre pendant plus de seize siècles.

Au moment de l’éruption, Pompéi est depuis longtemps une ville de province bien établie au sein de l’Empire romain. Fondée au viiie siècle avant J.-C. par les Osques, ce petit port bordant le fleuve Sarno a subi l’influence successive des Étrusques, des Grecs et des Samnites, qui ont tous contribué à y créer une société multiculturelle originale.

Dès le ive siècle avant J.-C., la ville est une alliée de Rome (socius) et profite de son immense réseau commercial. Le commerce s’y développe d’ailleurs rapidement ; la ville s’étend et sa population s’accroît considérablement. Pendant plus de deux siècles, les Pompéiens vivent dans la prospérité, jusqu’à ce qu’ils se rebellent contre Rome lors de la Guerre sociale (91-88 av. J.-C.) en exigeant de devenir des citoyens romains de plein droit. Le général romain Lucius Cornelius Sylla réprimera la rébellion et fera de Pompéi une colonie romaine à laquelle il donnera son nom (Colonia Cornelia Veneria Pompeianorum).

Sous l’autorité de l’Empire, Pompéi prospère. L’empereur Auguste et ses successeurs apportent la paix, font construire un aqueduc, l’Aqua Augusta, tandis que les riches Pompéiens – pour la plupart des esclaves affranchis (liberti) et des marchands – financent la construction de bâtiments publics et de monuments funéraires.

Paradoxalement, l’éruption dévastatrice du Vésuve permettra de préserver durant des siècles, sous des mètres de cendres, la plus grande partie de la ville. Inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, Pompéi est un don merveilleux que l’Antiquité nous a fait. Nous pouvons aujourd’hui marcher dans ses rues pavées, visiter ses temples, entrer dans ses bâtiments publics et privés, admirer les oeuvres d’art et les objets du quotidien qu’elle nous a légués et qui nous font deviner la vie d’alors, préservée dans une sorte de bulle spatio-temporelle. Ses vestiges nous offrent un tableau vivant et intime de la société romaine et de ses aspirations, comme aucun autre endroit au monde ne pourrait le faire. 

 

 UN SÉISME DESTRUCTEUR

Les éruptions volcaniques sont habituellement précédées de tremblements de terre. Le 5 février 62, un séisme puissant et dévastateur ébranle Pompéi. Il sera suivi, au cours des années suivantes, de fréquentes secousses. Tout cela annonce une éruption prochaine du Vésuve. Bien des gens restent dans la ville parce qu’ils se savent pas reconnaître les signes d’une activité volcanique.

Ce bas-relief en marbre illustre très clairement le puissant séisme qui frappe alors Pompéi. Le temple de Jupiter et deux statues équestres qui se dressaient dans le forum penchent dangereusement vers la gauche. À droite, un porc et un taureau sont conduits à un autel pour y être sacrifiés. Les deux animaux se raidissent, comme s’ils pressentaient le danger. Le tremblement de terre est un événement majeur dans la vie de tous les Pompéiens. Dix-sept ans plus tard, ils répareront toujours les dommages subis.

Le bas-relief fait partie d’une paire qui décorait le sanctuaire domestique (lararium) de la somptueuse demeure du banquier L. Caecilius Lucundus.

 

 LES HABITANTS

Pour les Pompéiens, le jour de l’éruption débute comme n’importe quel autre jour. Les rues grouillent de gens vaquant à leurs affaires… une foule de visages comme ceux que nous pouvons voir ici. Nous ne saurons peut-être jamais si les sujets de ces portraits, exposés dans l’atrium de leur demeure, vivaient encore au moment de l’éruption, mais, chose certaine, leurs traits physiques et leur personnalité ont été immortalisés de façon éclatante et pour toujours par l’artiste qui les a représentés.

Plus qu’une image fidèle, les portraits romains représentent la façon dont les sujets veulent être perçus : leur personnalité, leur situation sociale et, parfois même, leurs liens avec la famille impériale. À la fin de la République, vers 90 avant J.-C., les portraits très réalistes deviennent à la mode. Ils reproduisent sans concession les traits des personnes âgées, mais incarnent aussi les vertus romaines comme le dur labeur et la vie simple.

Au début de l’Empire, quelque soixante ans plus tard, un autre style se développe. Les portraits projettent alors l’image idéalisée de la jeunesse, de la beauté et de la virilité, même durant la vieillesse. Les empereurs ouvrent la voie à ce nouveau type de portraits.

Les portraits romains sont réalisés sur différents supports (marbre, bronze, mosaïque, peinture). Les fouilles effectuées à Pompéi mettront au jour un nombre impressionnant de portraits sous toutes ces formes. Ces portraits sont exposés aussi bien dans les lieux publics que dans les maisons de particuliers. Ils rendent hommage aux ancêtres et aux gens qui ont bien servi Rome, offrant aux Pompéiens un moyen de garder le souvenir de ces personnes, vivantes ou décédées. Les portraits coûtent très cher (en matériaux et en main-d’oeuvre spécialisée) et sont, de ce fait, réservés à ceux qui ont les moyens de se les offrir.

CHRONOLOGIE BASÉE SUR LES PIÈCES DE MONNAIE DE LA COLLECTION DU MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL

CHRONOLOGIE BASÉE SUR LES PIÈCES DE MONNAIE DE LA COLLECTION DU MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL

44 AV. J.-C.

Après qu’il ait franchi le Rubicon, Jules César est proclamé « dictateur perpétuel du monde romain », mais un groupe de sénateurs qui se donnent le titre de « libérateurs » l’assassinent.

 

32–31 av. J.-C.

Une lutte impitoyable pour le pouvoir suit la mort de César. Son fils adoptif et héritier, Octave,

 

27 AV. J.-C.–14 APR. J.-C.

Le Sénat romain confère le titre d’Auguste à Octave, qui devient le premier empereur de Rome. 

 

62 APR. J.-C.

Un tremblement de terre endommage sérieusement Pompéi durant le règne de Néron, le dernier empereur julio-claudien issu d’Auguste.

 

68–69 APR. J.-C.

Durant la guerre civile déclenchée pour contrôler l’Empire romain, quatre empereurs vont se succéder rapidement : Galba, Othon, Vitellius et Vespasien.

 

70 APR. J.-C.

Titus, qui régnera sur l’Empire romain de 79 à 81 apr. J.-C., s’empare de Jérusalem et détruit le Temple.

 

79 APR. J.-C.

Le Vésuve entre en éruption peu après l’intronisation de l’empereur Titus, qui se précipite en Campanie pour organiser les secours dans la région entourant Pompéi.

 

 

 

 

UN CARREFOUR COMMERCIAL

UN CARREFOUR COMMERCIAL

La ville est devenue un emporium considérable, ce qu’elle doit aux vastes bassins… Ils ont pu bâtir des jetées aussi avant qu’on veut dans la mer et créer ainsi sur des côtes toutes droites des sinuosités ou enfoncements qui deviennent autant d’abris sûrs ouverts aux plus grands navires du commerce.

Strabon, Géographie, V, 6

Pompéi bourdonne d’activité. Des ateliers, des boutiques et des tavernes occupent souvent les pièces, ouvertes sur la rue, situées en façade des maisons. La rue principale menant au forum est au coeur de l’activité commerciale de la ville. Pompéi satisfait aux besoins locaux et accueille aussi une foule de gens venus des alentours. On vient acheter des biens et des services, boire, manger et se divertir – les nombreux bars, boutiques, théâtres ainsi que l’amphithéâtre offrent de tout.

L’emplacement de Pompéi près de l’embouchure du fleuve Sarno fait de la ville un port important de la région. À partir de Pompéi, les marchandises importées sont expédiées vers l’intérieur par le fleuve, tandis que les produits de l’arrière-pays sont transportés par bateau jusqu’à la cité pour consommation sur place ou exportation. Parmi ces produits figurent le vin, l’huile d’olive, le blé, les fruits et les légumes. On ne connaît pas aujourd’hui l’emplacement exact du port de Pompéi.

La citoyenneté est une valeur inestimable pour les Romains. La hiérarchie sociale est très rigide, mais différentes catégories de gens au sein de l’Empire peuvent accéder à la citoyenneté romaine. Tous les hommes libres sont, par leur naissance, des citoyens de plein droit et peuvent occuper des fonctions politiques si leur fortune le permet. Les femmes n’ont pas les mêmes droits que les hommes : elles ne peuvent ni voter ni être éligibles. Les esclaves n’ont aucun droit. Cependant, un esclave libéré par son maître devient un affranchi et jouit de certains droits. Il prend le nom de famille de son maître, à qui il doit certaines obligations. Certains affranchis sont devenus très riches et posséderont de grandes demeures à Pompéi.

 

AQUA AUGUSTA

L’abondant approvisionnement en eau est un miracle du génie romain. Le système repose sur des aqueducs – des canaux surélevés bordés de ciment imperméable. L’aqueduc appelé Aqua Augusta amène l’eau à Pompéi depuis des sources situées à l’est de la ville. Cet aqueduc, construit entre 30 et 20 avant J.-C., est l’un des plus ambitieux et des plus coûteux érigés dans le monde antique. Depuis les monts Terminio-Tuoro, l’aqueduc se divise en dix branches et approvisionne en eau huit cités campaniennes ainsi qu’un grand nombre de villas privées. À Pompéi, l’eau est recueillie dans un château d’eau (castellum aquae) situé sur le point le plus élevé au nord de la ville, puis redistribuée dans des conduites en plomb. La dénivellation jusqu’à la ville permet de maintenir l’eau sous forte pression. La plupart des Pompéiens recueillent leur eau dans les fontaines publiques au coin des rues, mais quelques riches citoyens peuvent se payer le luxe de posséder l’eau courante dans leur demeure afin d’alimenter leurs bains privés et les pièces décoratives de leur jardin. Le tremblement de terre de l’an 62 a rompu les canalisations de la ville et nombre d’entre elles ne sont pas encore réparées au moment de l’éruption du Vésuve, dix-sept ans plus tard.

 

LE COÛT DE LA VIE

Après la réforme monétaire de l’empereur Auguste, en 23 avant J.-C., la monnaie romaine est constituée de pièces d’or, d’argent, de laiton et de cuivre. Les pièces d’or sont utilisées pour conclure les affaires importantes et accumuler la richesse. Les acheteurs paient avec des pièces d’argent, mais privilégient les pièces en laiton et en cuivre pour les petits achats quotidiens. Le système financier romain (salaires, prix des aliments et des produits essentiels) est surtout basé sur le sesterce, une pièce en laiton.

 

Taux de change de la monnaie après l’an 23 av. J.-C.

1 aureus (or) = 25 deniers (argent)

1 denier (argent) = 16 as (cuivre)

1 sesterce (laiton) = 4 as (cuivre)

1 dupondius (laiton) = 2 as (cuivre)

 

Échelle de prix

Un conseiller local doit posséder : 100 000 sesterces

Un esclave se vend entre : 1 000 et 6 000 sesterces

8,6 litres de garum coûtent : 1 000 sesterces

La solde annuelle d’un légionnaire est de : 900 sesterces

Une tunique coûte : 15 sesterces

La prostituée Attice vend ses charmes : 4 sesterces

Un demi-litre de vin peut coûter jusqu’à : 1 sesterce

 

 

 

 

DIEUX ET EMPEREURS

DIEUX ET EMPEREURS

Les dieux font partie intégrante de l’identité romaine. Ils sont vénérés dans les temples, lors des cérémonies officielles et chez les particuliers, partout dans l’Empire. Ils représentent un système de croyances partagé par tous.

Quand Pompéi devient romaine, en 80 avant J.-C., les temples italiques sont transformés pour accueillir les dieux romains, mais la population continue d’honorer les anciennes divinités locales. Pour faire avancer leur carrière politique et s’élever socialement, les riches Pompéiens doivent occuper des fonctions religieuses. Des portraits de l’empereur sous différentes formes – statues, pièces de monnaie, etc. – permettent par ailleurs aux habitants de l’Empire de savoir à quoi ressemble leur souverain, qu’ils n’auront jamais l’occasion, pour la plupart, de voir en personne. Conformément aux principes du portrait romain, les effigies soigneusement composées de l’empereur transmettent les idéaux de l’Empire et du règne en cours. Il est important, pour le maître de Rome, de communiquer ce message.

Le culte impérial rend hommage au génie (autrement dit, à la nature divine) de l’empereur. Si Auguste refuse d’être divinisé de son vivant, certains de ses successeurs tels Caligula et Néron l’exigeront. Auguste sera divinisé après sa mort. Cet honneur ne sera pas accordé à tous les empereurs qui lui succéderont immédiatement, mais la divinisation des empereurs finira par faire partie intégrante des funérailles impériales. Les scènes d’apothéose représentant l’empereur en train de s’élever dans le ciel renforcent l’idée de la nature divine du souverain.

 

LE COLLECTIONNISME

L’expansion romaine en Grèce et en Asie, au iie siècle avant J.-C., fait découvrir aux conquérants un luxe encore inconnu à Rome. Les oeuvres d’art – tableaux, statues, bijoux, argenterie – sont alors expédiées par bateaux entiers en Italie, où les aristocrates les collectionnent avec passion. Ils en font même profiter leurs contemporains en les montrant parfois au public.

Cette forme d’évergétisme (la richesse privée mise au service du bien commun) préfigure les futurs musées. C’est également à cette époque que se développe une littérature, malheureusement perdue, de critiques d’art.

Avec la paix qui suit la victoire d’Auguste sur les Républicains se développe ce qui pourrait être comparé à une classe moyenne (affranchis enrichis, marchands, ex-officiers de carrière). Ces nouveaux riches imitent l’aristocratie et se mettent eux aussi à collectionner, ce qui donne naissance, parallèlement au marché de l’art, à un marché du faux.

Le nombre considérable de statues « archaïsantes » que l’on retrouve à cette époque donne une idée de l’engouement des amateurs pour les oeuvres de l’époque classique. Mais ces statues ont-elles toutes été acquises comme des « copies » d’antiques (ou comme des oeuvres modernes exécutées « à l’ancienne ») ? On peut se demander si certaines d’entre elles n’ont pas plutôt été vendues comme d’authentiques antiquités grecques à des collectionneurs naïfs.

Horace (65-8 av. J.-C.) nous présente l’un de ces spécialistes improvisés, Damasippe, dont l’expertise s’exerce aux dépens de ses clients :

Autrefois [c’est Damasippe qui parle], j’aimais rechercher dans quel vase d’airain le malin Sysiphe s’était lavé les pieds, quelque sculpture faite maladroitement et de manière qui soit tout raide ; en spécialiste, j’évaluais à 100 000 sesterces cette statue.

Horace, Satires, II, 3

Le fabuliste Phèdre (vers 15 av. J.-C. – vers 50 après J.-C.) renchérit :

Ainsi font certains artistes de notre siècle qui trouvent un prix plus élevé pour des oeuvres modernes, s’ils ont écrit « Praxitèle » sur un marbre grossier, « Myron » sur de l’argenterie usée, sur un tableau, le nom de Zeuxis ; et en effet, l’envie cruelle donne plus de valeur à l’antiquité factice qu’aux oeuvres modernes.

 

CULTES À MYSTÈRES ET RELIGIONS ÉTRANGÈRES

Les cultes à mystères, empruntés à d’anciennes religions souvent pratiquées aux confins de l’Empire, sont très à la mode chez les Romains. Le culte le plus populaire est celui consacré à la déesse égyptienne Isis. Épouse loyale, guérisseuse, protectrice des femmes, du mariage et de la naissance, Isis veille sur les nouveau-nés et assure la fertilité des champs ainsi que la richesse des moissons. Comme dans d’autres cultes à mystères tels ceux de Cybèle et de Mithra, les fidèles d’Isis espèrent que la déesse leur apporte le salut. Le culte d’Isis leur offre, entre autres, le sentiment d’appartenir à une communauté spéciale et l’espoir d’une vie heureuse dans l’au-delà.

Le temple d’Isis, érigé dans le quartier des théâtres vers la fin du iie siècle avant J.-C., témoignerait des liens commerciaux et culturels entre Pompéi et Alexandrie, en Égypte. Le petit édifice, endommagé par le tremblement de terre de l’an 62 avant J.-C., est entièrement reconstruit et agrandi par le fils d’un affranchi issu d’une famille pompéienne en vue.

De nombreuses statuettes d’Isis et plusieurs sistres (sistra), hochets utilisés dans le culte de la déesse, seront mis au jour dans des maisons de la cité. Plus d’une vingtaine de sanctuaires domestiques sont ainsi ornés d’une image d’Isis. Plusieurs Pompéiens ont par ailleurs fait don de statues, qui ont été placées dans l’enceinte de son temple.

 

 

LOISIRS ET DIVERTISSEMENTS

LOISIRS ET DIVERTISSEMENTS

Les bains, le vin et le sexe corrompent nos corps, mais font que la vie vaut la peine d’être vécue.

Tiberius Claudius Secundus

Les moralistes romains de l’époque estiment que leurs concitoyens ne s’intéressent qu’au vin, au jeu et aux divertissements. Toutes les occasions sont bonnes pour festoyer. Les fêtes religieuses, les triomphes militaires, les inaugurations de temples ainsi que les anniversaires de la famille impériale maintiennent toute l’année une ambiance festive au sein de la population.

Les activités de loisir tiennent une place importante dans le quotidien des Pompéiens en leur occupant l’esprit et en donnant un sens à leur vie. Le terme ludus désigne tout ce qui se rapporte au jeu (jeux de société, sports, exercices physiques, voire « jeux érotiques »). Le terme englobe aussi les courses de chars au cirque (ludi circenses), les représentations théâtrales (ludi scaenici) et les spectacles dans l’amphithéâtre (munera).

Les jeux constituent également d’importants instruments de propagande et de contrôle. Ceux qui aspirent à une carrière politique rivalisent d’imagination pour offrir au peuple les divertissements les plus spectaculaires. On attend des sénateurs et des empereurs romains qu’ils organisent les spectacles les plus sophistiqués. On aurait ainsi rempli d’eau le Colisée de Rome pour reconstituer une bataille navale et présenter du même coup des créatures marines.

Rome s’est construite sur ses victoires militaires. En temps de paix, cependant, il importe d’offrir le plus de distractions possible aux Romains afin de canaliser leur énergie et leur goût de la violence. Les dirigeants ne craignent rien tant qu’une émeute spontanée, incontrôlée et incontrôlable. Tenir les masses occupées par des courses et des combats de gladiateurs n’est qu’un moyen de contrer cette menace.

 

LES COMBATS DE GLADIATEURS

La gladiature est une institution propre au monde romain. Elle a beaucoup évolué au cours des siècles. D’abord reliée aux jeux funéraires, elle est devenue, sous Auguste et ses successeurs, un instrument de contrôle social.

Les gladiateurs sont soit des esclaves achetés par un entrepreneur privé (le laniste), soit des hommes libres qui, poussés par la misère, se portent volontaires pour exercer ce métier. Les hommes libres signent un contrat stipulant la durée de leur engagement et le nombre de combats à mener. Mais, esclaves ou hommes libres, les gladiateurs deviennent des parias n’ayant plus aucun statut social. Ils vivent dans une caserne (ludus), où ils apprennent leur métier. Chaque gladiateur se voit attribuer une spécialité et est formé au maniement des armes correspondant à cette spécialité.

Pour préparer un spectacle de gladiateurs, l’organisateur (editor) louait des gladiateurs au laniste. Le spectacle est annoncé plusieurs jours à l’avance, comme en témoignent des graffitis mis au jour à Pompéi et indiquant les noms des combattants et de la personne qui finance le spectacle ainsi que le lieu et la durée des jeux.

Les combats de gladiateurs n’ont pas pour but de tuer l’adversaire, mais de le forcer à s’avouer vaincu et à demander sa missio – littéralement, son renvoi. C’est l’organisateur des jeux qui doit en principe décider si le vaincu sera épargné ou non. Mais il laisse plutôt à la foule le plaisir d’effectuer ce choix. Tel est l’aspect sinistre de ce spectacle dont le but même est de donner aux spectateurs – en général, de pauvres gens n’ayant aucun pouvoir politique – l’impression qu’ils comptent dans la société. Ils ont été conviés à un spectacle payé par les grands de ce monde et, avec eux ou même à leur place, ils décident du sort du gladiateur vaincu. Si le gladiateur est condamné, il est tout simplement achevé par le vainqueur et son cadavre est sorti sans cérémonie de l’arène. Sinon, il est dit stans missus – littéralement « renvoyé debout ». Il retourne alors dans sa caserne et poursuit sa carrière.

 

LES DIFFÉRENTS TYPES DE GLADIATEURS

Différents types de gladiateurs combattent dans l’arène

Cinq éléments d’armure de gladiateur, mis au jour dans la caserne des gladiateurs de Pompéi, sont exposés ici.

Ils datent tous du début du ier siècle après J.-C.

 

  • Le mirmillon (murmillo)

Protection: 

    • Casque à cimier
    • Protection recouvrant le bras droit (manica)
    • Courte jambière (jambe gauche)
    • Grand bouclier rectangulaire

Arme

    • Glaive

 

  • Le Thrace (Thraex)

Protection:

    • Casque à cimier orné d’un griffon
    • Manica (protection faite de pièces se chevauchant)
    • Longues jambières
    • Petit bouclier rectangulaire

Arme

    • Dague courbe (sica)

 

  • Le rétiaire (retiarius) ou l’homme au filet

Protection:

    • Épaulière (galerus) en bronze recouvrant l’épaule gauche
    • Manica recouvrant le bras gauche

Armes

    • Trident
    • Filet

  

SPORTS ET VIRTUS

À Pompéi, la palestre (palaestra) – une vaste cour entourée d’un portique – est située près de l’amphithéâtre. C’est un espace public utilisé pour les exercices physiques et la pratique de différents sports, dont la lutte. Le lieu tire son origine du gymnase grec, un ensemble d’installations qui servaient également aux exercices physiques.

C’est l’empereur Auguste qui a fait construire la première palestre à Rome. Il estimait de son devoir de préparer les jeunes patriciens à servir l’Empire. Il croyait que l’athlétisme et le sport pouvaient améliorer leur santé physique et mentale, tout en suscitant chez eux bien-être, bravoure, courage (virtus) et loyauté envers l’État.

Les habitués de la palestre pratiquent une foule d’activités : haltérophilie, lutte, boxe, natation, combat de gladiateurs, etc. Ces activités sont censées tirer le meilleur d’eux-mêmes en aiguisant leur virilité et leur esprit de compétition. Les combats sont très violents. À la lutte, par exemple, aucune prise n’est interdite et la victoire va à l’athlète qui a eu le meilleur sur son adversaire à trois reprises. Tous les coups sont permis : coups de poing, coups de pied, crocs-en-jambe, torsions et même étranglement.

Avant de s’exercer ou de combattre, les hommes s’enduisent le corps d’huile contenue dans des récipients sphériques appelés aryballes. La cour étant tapissée de sable, les athlètes finissent par en être couverts. Après s’être exercés, ils se transportent de l’arène jusqu’aux bains, où ils peuvent se détendre dans le sauna ou la piscine. Enfin, ils se raclent le corps à l’aide d’un strigile – une lame de métal recourbée fixée à un manche.

 

LE THÉÂTRE

Le théâtre est un lieu où chacun, quel que soit son milieu social, peut se divertir. Les Pompéiens ont fait construire deux théâtres côte à côte avant même que Rome n’ait un théâtre permanent.

Le Grand Théâtre est une structure en plein air, en forme de fer à cheval, édifiée au iie siècle avant J.-C. On y présente des pantomimes et des pièces en un acte. Le théâtre pouvait à l’origine accueillir environ 4 000 spectateurs et était divisé en sections en fonction de la position sociale. Son agrandissement à l’époque d’Auguste par les frères Marcus Holconius Rufus et Marcus Holconius Celer porte sa capacité à quelque 5 000 places.

Un théâtre couvert, plus petit, a été édifié au 1er siècle avant J.-C. Cet odéon (odeum), qui peut accueillir près de 2 000 personnes, présente surtout des concerts et des récitals de poésie. Des scènes inspirées de ce théâtre décorent les murs des maisons, partout dans Pompéi. Certains acteurs ont leur club d’admirateurs, comme en témoignent des graffitis de l’époque.

Les deux théâtres sont reliés par un quadriportique (quadriporticus), une sorte de foyer où les spectateurs peuvent se rassembler et déambuler entre les spectacles, ou encore s’abriter de la pluie.

En 79 après J.-C., les deux théâtres, endommagés par le tremblement de terre survenu dix-sept ans plus tôt, ne sont pas entièrement reconstruits, les Pompéiens s’occupant plutôt de réparer petit à petit les bâtiments plus essentiels tels le palais de justice, les marchés et l’amphithéâtre.

 

LA MUSIQUE

Si la musique a été adoptée d’emblée par les anciens Grecs, les Romains – du moins, sous la République – se sont montrés beaucoup moins enthousiastes : la musique ne faisait pas partie de l’éducation de l’élite romaine et les musiciens professionnels n’étaient pas très bien vus.

La situation a évolué progressivement à l’époque impériale. Inspirée par les sonorités étrusques, grecques, égyptiennes et moyen-orientales, la musique, pratiquée en amateur ou en professionnel, a acquis ses lettres de noblesse. Les Romains ont fini par goûter les prestations musicales et par apprécier beaucoup les musiciens de talent.

Les Pompéiens aiment la musique autant que nous pouvons l’apprécier de nos jours. Elle accompagne alors presque toutes les activités sociales et beaucoup de cérémonies religieuses. On joue de la musique lors d’événements publics comme les funérailles, les triomphes militaires et les spectacles. On l’entend aussi au théâtre et durant les sacrifices accomplis dans l’amphithéâtre. Elle divertit les convives pendant et après les repas.

Les musiciens romains jouent de divers instruments à vent, à cordes, à percussion et même à clavier (orgue hydraulique). Parmi les instruments à cordes figurent la harpe, la lyre, la cithare (cithara) et le barbitos (une sorte de luth). Les instruments à vent les plus courants sont la syrinx (ou flûte de Pan) et la flûte de roseau (tibia) – un même musicien utilisant souvent deux tibiae simultanément. Les cors et les trompettes accompagnent fréquemment les défilés militaires et les chasses. Les cymbales, castagnettes, tambourins et tambours complétent la panoplie.

Les documents musicaux qui nous sont parvenus de l’époque romaine sont surtout des partitions vocales, ce qui donnerait à penser que le chant est alors la forme d’activité musicale la plus courante.

IL GABINETTO SEGRETO

IL GABINETTO SEGRETO

ÉROS

À l’époque romaine, le sexe et les images à caractère sexuel font partie intégrante du quotidien, d’une manière qu’il est difficile d’imaginer aujourd’hui. Les Romains ne voient aucun mal à célébrer un acte naturel des plus agréables et ne confinent pas le sexe à la chambre à coucher (cubiculum) ou même au mariage. Ils voient dans le sexe un signe de virilité, de prestige – voire, bien souvent, une compétition. Les gens sont jugés sur leur vigueur sexuelle.

Les scènes érotiques peintes, visibles partout dans la ville, ne se veulent en rien obscènes. Si, parfois, l’objectif peut être de nature promotionnelle – par exemple, illustrer les services offerts dans un bordel –, les nombreuses images représentant des couples en pleine action ont souvent pour seul but de décorer le jardin ou la cour intérieure de la demeure d’un citoyen tout à fait respectable. Certaines images sont plutôt intimes, tandis que d’autres comportent un large éventail de positions et de partenaires (voire des groupes et, parfois même, des esclaves et des domestiques).

Chose intéressante, la plupart des scènes peintes se déroulent à l’intérieur, dans des lits agrémentés d’une somptueuse literie. Pour les Romains, avoir des rapports sexuels dehors est barbare – les représentations de ce genre mettent habituellement en scène des nains ou des pygmées dans des décors égyptiens décadents.

Les graffitis découverts un peu partout dans la ville nous renseignent énormément sur la sexualité des Pompéiens. On peut certes lire des remarques grossières sur la réputation de certains hommes et de certaines femmes, mais il y a aussi des graffitis qui s’apparentent à des cartes de visite, avec le nom, les prix demandés et les services offerts.

 

IL GABINETTO SEGRETO

Quand ces objets seront mis au jour, leur sujet choquera aussi bien les archéologues que les rois. L’exposition de ces images explicites jugée inconvenante, elles seront cachées dans un « cabinet secret », auquel seuls auront accès les érudits et les visiteurs de sexe masculin qui parviendront à soudoyer les gardiens. La détermination des autorités à dissimuler ces objets ne fera qu’attiser la curiosité et il gabinetto segreto deviendra un arrêt incontournable pour les messieurs effectuant le Grand Tour.

En 1849, la scandaleuse collection sera murée et son accès demeurera interdit au public en général et, plus particulièrement, aux femmes et aux enfants. Pendant un siècle et demi, elle restera inaccessible, sauf durant de brèves périodes sous le gouvernement de Garibaldi, puis en 1967. En l’an 2000, le gabinetto segreto sera enfin ouvert au public et, en 2005, les objets seront déplacés dans des galeries distinctes du reste de la collection du musée.

VIE DE LUXE

VIE DE LUXE - LA MAISON POMPÉIENNE

Derrière les murs nus et les boutiques ouvertes sur la rue se déploie le luxe inouï des maisons à cour intérieure, typiques de l’époque romaine. Une entrée (atrium) conduit à des pièces privées entourant un jardin clos. C’est dans l’entrée que le maître de maison reçoit ses « clients », des gens inférieurs à lui par la fortune ou la position sociale. Il leur offre de l’argent ou des faveurs en échange de services ou d’un soutien politique. Les affaires personnelles sont traitées dans le bureau. La décoration de la maison témoigne alors, comme aujourd’hui, de la richesse et de la position du propriétaire. Les éléments de décor somptueux – fresques, mosaïques et meubles – exposés ici proviennent tous de demeures ayant appartenu à des patriciens.

 

       1. Boutiques ouvertes sur la rue (tabernae)

Dans de nombreuses maisons, les pièces donnant sur la rue sont louées à des marchands et à des artisans.

2. Entrée (atrium)

Le propriétaire fait étalage de sa richesse dans cette pièce où les visiteurs sont accueillis. Au centre se trouve un grand bassin (impluvium), qui recueille les eaux de pluie et alimente la citerne de la maison.

3. Bureau (tablinum)

C’est dans cette pièce que le maître de la maison veille à ses affaires personnelles.

4. Escaliers

Les maisons ont au moins deux étages, dont la plupart ne survivront pas.

5. Cuisine (culina)

Des esclaves préparent les repas dans un foyer maçonné. Les toilettes se trouvent juste à côté de la cuisine, ce qui facilite l’évacuation des déchets – pratique, mais pas très hygiénique!

6. Salle à manger (triclinium)

C’est ici que dînent les invités de marque, allongés sur des lits le long des murs.

7. Chambre à coucher (cubiculum)

À la différence d’aujourd’hui, les chambres sont petites, dépouillées et fonctionnelles.

8. Jardin (hortus)

Le jardin intérieur, entouré sur trois côtés par un péristyle (colonnade), laisse pénétrer la lumière naturelle. L’autel domestique (lararium) est installé dans un coin.

 

LA MAISON IDÉALE

La ville de Pompéi est constituée d’une grande variété de petites habitations privées, avec ou sans appartements loués, ainsi que de demeures luxueuses comportant de multiples pièces et pouvant occuper tout un pâté de maisons (insula). Ces demeures sont habitées par des patriciens qui peuvent se permettre d’imiter, dans la décoration de leur maison, les immenses villas à terrasses construites en bord de mer.

Les riches Pompéiens personnalisent leur maison en faisant recouvrir les murs de fresques. Ils cherchent ainsi à imiter le style de vie de l’élite vivant au bord de la mer, ou encore utilisent les fresques pour étaler leur culture et leurs goûts artistiques. Les représentations de grandes villas en bord de mer sont très populaires, tout autant que les scènes évoquant la Grèce classique ou la mythologie grecque. Ces images servent en outre de toile de fond à un riche mobilier et à des collections d’art, témoignant de la façon dont ces patriciens veulent être perçus par leurs invités.

Les fresques créent aussi une illusion d’espace. Grâce à l’effet de profondeur, une demeure modeste paraît beaucoup plus spacieuse qu’elle ne l’est en réalité. Les propriétaires moins fortunés, qui ne peuvent s’offrir des objets d’art, les font représenter sur les murs de leur maison et ont ainsi l’impression de posséder une collection.

Il est si important pour les Pompéiens de se créer une maison idéale qu’ils dépensent sans compter pour avoir l’impression de vivre dans un lieu plus vaste et plus somptueux.

 

LES FRESQUES

C’est l’archéologue allemand August Mau qui, en 1882, établira la division classique des fresques de Pompéi en quatre styles. La ville et ses environs conservent l’un des plus importants ensembles de fresques romaines du iie siècle avant J.-C. au ier siècle après J.-C.

Le ier style ou style à incrustation, à la mode à partir du iie siècle avant J.-C. jusque vers 80 avant notre ère, reproduit la maçonnerie de pierre. On imite alors la texture de différentes pierres utilisées sur les murs de bâtiments plus somptueux.

Le iie style ou style architectural, qui domine au ier siècle avant J.-C., fait appel au trompe-l’oeil et à d’autres effets architecturaux tridimensionnels pour créer un effet de profondeur et agrandir les petites pièces qui caractérisent la maison romaine. C’est ce style qui exercera la plus grande influence sur la peinture romaine.

Le iiie style ou style ornemental, qui apparaît vers 20 av. J.-C. et disparaît en 20 apr. J.-C., est moins axé sur les effets illusionnistes que sur la décoration. Il repose sur l’équilibre des motifs, aussi bien horizontaux que verticaux, et sur une utilisation plus atténuée de la couleur. Des animaux exotiques, des scènes nilotiques ainsi que d’autres images évoquant l’Égypte sont souvent représentés.

Le ive style (20 – 79 apr. J.-C.) se distingue par sa variété, qui va des pièces peintes d’une seule couleur où sont représentées en surimpression des images plus petites, aux pièces où alternent le noir et le blanc. On continue d’utiliser les images du iiie style, mais sous la forme d’une mosaïque de panneaux encadrés, disposés côte à côte. On imite souvent le ier style dans les parties inférieures des murs.

LES CULTES DOMESTIQUES

LES CULTES DOMESTIQUES

Pour les Romains, le culte public revêt une très grande importance, mais les lieux privés sont tout aussi sacrés, car on y honore des dieux associés à la maison et à la famille. Un culte est ainsi rendu chaque jour aux esprits qui protégent la maison : le génie (genius) des ancêtres (esprit d’une personne ou d’un clan) et, surtout, les dieux lares. Le maître de maison (pater familias) se joint aux autres membres de la famille pour prier ces esprits domestiques et accomplir des sacrifices à leur intention. Les rituels ont lieu devant un petit autel (laraire, en latin lararium), souvent situé près d’un foyer ou, parfois, dans l’entrée (atrium) de la maison. Il peut s’agir d’une simple niche, d’une fresque ou encore d’un autel richement décoré. Chez les nantis, le laraire abrite des statuettes en bronze représentant les dieux lares ainsi que d’autres dieux, déesses et héros légendaires vénérés par la famille.

Les lares sont des divinités domestiques qui veillent sur la famille et la maison. Leurs statuettes, habituellement au nombre de deux, sont placées de part et d’autre du laraire. On ne connaît toujours pas l’origine de ces dieux, mais il existe plusieurs théories. Ainsi, dans l’Énéide de Virgile, le héros Énée emporte de Troie les lares de sa maison.

Vesta, déesse du foyer dont le culte sera ultimement pris en charge par l’État, est à l’origine vénérée dans les maisons. Autres divinités domestiques, les pénates (ou dieux du garde-manger) protégent les provisions de la famille. Les lares et les pénates sont, avec Vesta, les divinités les plus importantes à qui un culte domestique est rendu par les Pompéiens.

LES BANQUETS

LES BANQUETS

Le luxe et les délices sensuels qui l’accompagnent s’étendent naturellement aux repas, qui sont servis dans la salle à manger (triclinium, du grec treis, qui signifie « trois », et klinê, qui signifie « lit ») donnant sur le jardin. À l’intérieur de la pièce, trois lits sont disposés en forme de U contre les murs.

Il est essentiel de bien nourrir ses invités ; chaque hôte se donne donc beaucoup de mal pour les surprendre. Des divertissements (chants et danses) sont souvent prévus, pendant et après le banquet.

L’étiquette prescrit de manger et de boire avec modération. Les règles de bienséance s’appliquent aussi bien aux riches qu’aux pauvres. Il est important de respecter les convenances, car un comportement malséant peut jeter le discrédit sur l’hôte et ses invités, voire irriter les dieux.

Les dîners somptueux sont l’occasion, pour l’hôte, de s’élever dans l’échelle sociale. Les banquets finiront cependant par atteindre un tel degré d’extravagance que l’empereur Auguste et ses successeurs tenteront, bien en vain, d’en limiter les excès par des lois sévères.

 

LA CUISINE

À Pompéi, la cuisine (culina) est généralement une pièce exiguë, peu agréable et située dans un recoin de la maison. C’est néanmoins un endroit grouillant d’activité, où des esclaves préparent les banquets et les repas pour leurs maîtres. Ils se servent d’ustensiles très pratiques, qui auraient toujours leur place dans une cuisine moderne.

Une fois cuits, les aliments sont disposés dans différents récipients et apportés dans la salle à manger. Chez les nantis, la vaisselle – assiettes, vases à boire, seaux et passoires – est en bronze, souvent réalisée avec art et richement décorée.

 

LE RÉGIME ALIMENTAIRE À POMPÉI

Le régime alimentaire des Romains est semblable au régime méditerranéen d’aujourd’hui : légumes, fruits, poisson, céréales de grains entiers et un peu de viande. Les céréales (blé et orge), les légumineuses, les olives, l’huile d’olive et le vin sont des éléments essentiels de l’alimentation. Le blé, l’orge ainsi que les légumineuses peuvent être préparés sous forme de gruau ou de pain. La qualité des produits varie, le meilleur pain étant bien entendu plus cher.

Les oeufs, la volaille, le porc et le petit gibier (cailles et faisans) font partie du régime alimentaire, mais la viande coûte trop cher pour être consommée régulièrement. Elle est surtout utilisée pour les sacrifices et lors des fêtes publiques. Les Pompéiens mangent également toutes sortes de poissons et de fruits de mer.

On trouve sur presque toutes les tables des légumes – choux, poireaux, oignons, navets, radis, laitues –, et des fruits – pommes, figues, raisins, poires. La quantité, la qualité et la variété des aliments consommés par les Romains sont liées à leur situation économique.

 

LES PRODUITS DE LA MER

La mer joue un rôle primordial pour les Pompéiens, qui en tirent leur subsistance par le commerce et la pêche. Même s’il ne prédomine pas dans le régime alimentaire romain, le poisson constitue une source importante de protéines. Des poissonniers affichent dans leur échoppe des peintures représentant les espèces qu’ils vendent, tandis que des patriciens font réaliser dans leur maison des mosaïques de la faune marine afin de montrer le luxe et la diversité des plats qu’ils peuvent s’offrir. Le garum, un condiment fabriqué à partir de poisson fermenté, constitue un des principaux produits d’exportation de Pompéi et un élément clé de son économie. Les Pompéiens sont conscients qu’ils doivent en grande partie la réussite de leur cité, malgré sa petite taille, à la mer et à ses richesses.

 

L’ART CULINAIRE

Les recettes préférées d’Apicius, gourmet vivant à l’époque romaine, sont conservées dans son livre intitulé L’art culinaire (De re coquinaria). L’ouvrage, qui comporte des centaines de recettes de viande, de volaille, de gibier, de fruits de mer et de sauces, nous donne aujourd’hui une idée de ce que mangent alors les nantis.

Plus d’une centaine d’épices seront identifiées dans les sources antiques. Les Romains préfèrent les plats en sauce et très épicés, peut-être pour masquer le goût d’aliments pas toujours frais. La conservation des aliments sans réfrigération constitue un élément essentiel de la cuisine. On utilise couramment le sel, mais plusieurs autres moyens de conservation nous sont aujourd’hui connus, dont certains seront décrits par l’auteur romain Caton (234-149 av. J.-C.) dans son livre De l’agriculture (De agri cultura).

Les différents ustensiles et ingrédients utilisés en cuisine sont très révélateurs des inégalités sociales et économiques et de leurs effets sur la qualité de vie. La diversité des mets disponibles témoigne par ailleurs de l’expansion de l’Empire et de la fluidité des échanges commerciaux en temps de paix.

 

LE VERRE DOMESTIQUE

Les plus anciens objets en verre, datant du milieu du iie millénaire avant J.-C., seront découverts en Égypte et en Mésopotamie. La technique de soufflage du verre, mise au point au Moyen-Orient au milieu du ier siècle avant notre ère, permet alors de produire des récipients en verre en grandes quantités et à faible coût.

Le verre soufflé romain est habituellement mince et verdâtre – la couleur provient de la présence de fer dans le sable utilisé. On fabrique aussi du verre bleu, rouge, violet et brun.

Le verre peut être soufflé, moulé, gravé, sculpté et peint, selon sa forme et son usage (perles, miroirs, articles de toilette, récipients à médicaments, carreaux de fenêtre, tesselles de mosaïques, etc.). Les articles de table en verre, de tailles et de formes variées, sont omniprésents à Pompéi, le verre étant préféré au bronze, car il est inodore. Des verreries sont établies dans la baie de Naples pour répondre à la demande croissante de verre (en particulier, le verre soufflé, le verre moulé et les tesselles de verre).

 

LE RÔLE DES FEMMES

LE RÔLE DES FEMMES

Le rôle joué par les femmes dans la société romaine reste mystérieux, car elles sont rarement mentionnées dans les sources historiques. Dans tout l’Empire, les femmes sont exclues du service militaire, elles ne peuvent ni voter ni participer à l’Assemblée, et nombre de postes – sénateur, conseiller municipal, administrateur de l’État ou de la justice – leur sont également fermés. Même les citoyennes romaines – donc, libres –, sont très limitées dans leurs choix de vie. La femme vit dans un univers entièrement séparé de celui de l’homme. Sa tenue renforce cette différence. Ainsi, les femmes portent une robe épaisse (stola) par-dessus un mince sous-vêtement (tunica). En public, elles portent en outre un grand châle (palla), avec lequel elles se couvrent la tête, et elles doivent rester discrètes.

À partir du ier siècle après J.-C., les femmes jouissent de plus de liberté, mais n’ont toujours aucun droit politique. Elles sont autorisées à s’instruire (moins que les hommes, cependant) et peuvent participer à des cérémonies et à des spectacles publics. Elles peuvent aussi intenter des procès et être nommées à certaines fonctions religieuses. À Pompéi, quelques femmes possédent et exploitent des entreprises, et jouent un rôle important dans le milieu des affaires.

 

TOUT CE QUI BRILLE…

Les bijoux provenant des fouilles de Pompéi seront découverts en maints endroits : dans un coffre, chez un lapidaire et même sur des squelettes de victimes, qui tentent probablement de fuir la ville avec leurs biens les plus précieux.

Une observation minutieuse des bijoux subsistants nous donne aujourd’hui une idée des techniques de fabrication. Les bracelets et les colliers sont constitués de maillons de différentes factures, le métal étant martelé ou ajouré selon diverses techniques, dont celle appelée diatrita. Les bijoux sont souvent rehaussés de pierres précieuses importées de contrées bordant la mer Rouge et l’océan Indien ou encore extraites en Italie même.

On attribue à l’époque aux pierres précieuses des propriétés magiques. En général, elles sont censées protéger la personne qui les porte contre la malchance et la maladie, mais certaines, croit-on, permettent même d’éliminer la mauvaise haleine, de remporter des procès, d’éviter les tempêtes, de faire couler en abondance le lait des nourrices ou encore, en utilisant les bonnes incantations, de se rendre invisible. Les diamants, les perles et les émeraudes sont particulièrement prisés et on leur attribue le pouvoir de guérir.

 

LES ESSENCES PRÉCIEUSES

Les parfums sont très populaires à Pompéi où ils sont portés, aussi bien par les femmes que par les hommes, comme symboles de luxe (luxus) et de position sociale. Utilisés sous forme solide, liquide ou semi-liquide (crème), ils sont versés ou appliqués sur la peau.

Les Romains n’adoptent le parfum – et les flacons ouvragés qui les contiennent – qu’au ier siècle avant J.-C. Les parfumeurs (unguentarii) font fortune dans leur combat contre la puanteur des villes en approvisionnant les riches, les temples, les sociétés funéraires et les bains publics. Le parfum, dont on connaît déjà le pouvoir et les effets bénéfiques sur le corps et l’esprit, devient dès lors une sorte d’« aromathérapie » utilisée dans les banquets, les cérémonies, les spectacles et les combats de gladiateurs.

Tous les Romains peuvent se procurer du parfum, mais la qualité varie beaucoup. La cannelle, la cardamome, la myrrhe et l’encens, importés d’Inde, d’Arabie et de Perse, coûtent très cher. Par contre, nombre d’ingrédients locaux mélangés à de l’huile d’olive sont fort prisés. Les pétales de rose, l’anis, la marjolaine et les résines d’arbres comme le styrax et l’acore font partie des essences les plus recherchées.

 

BIEN PARAÎTRE

Le maquillage et la coiffure occupent une place importante dans la vie quotidienne des patriciennes. Les soins de beauté féminins, apportés avec ou sans l’aide d’esclaves, consistent à se laver, à appliquer des crèmes hydratantes, du maquillage et du parfum, puis à se coiffer et à s’habiller. Les bijoux apportent la touche finale.

Le teint clair et pâle dénote l’appartenance à l’élite et est même, chez les Romains, un trait caractéristique de la beauté. Pour s’hydrater la peau, les femmes utilisent, entre autres, du miel, du vinaigre, des oeufs, de la graisse – et même de la moelle – de volaille. Très peu de Romaines ont naturellement le teint clair ; elles sont donc nombreuses à utiliser différents artifices pour s’éclaircir la peau. Le fait que les Romaines savent que le plomb est un poison et continuent malgré tout à s’en appliquer sur le visage montre à quel point elles désirent se conformer à l’idéal de beauté.

Les Romaines utilisent plusieurs produits pour se maquiller. Même si le teint pâle est très à la mode, elles appliquent sur leurs joues un léger fard à base de vermillon, de pétales de rose ou de coquelicot ou encore d’ocre rouge. Les grands yeux et les longs cils font partie des canons de la beauté, si bien que les femmes soulignent leurs yeux avec du khôl. Elles ajoutent parfois du safran au maquillage des yeux pour rendre l’odeur plus agréable. Des poudres à base de malachite ou d’azurite sont utilisées comme ombre à paupières. Comme les Romaines préfèrent les sourcils longs, noirs et bien dessinés, elles les font épiler par une servante avant de les tracer avec de l’antimoine. Les dents blanches étant particulièrement prisées, beaucoup d’hommes et de femmes portent des dentiers en os ou en ivoire.

 

 

 

 

LE JARDIN ENCHANTÉ

LE JARDIN ENCHANTÉ

Beaucoup de demeures pompéiennes comportent un jardin d’ornement ou un potager, souvent agrémenté d’arbres fruitiers, d’herbes aromatiques, de parterres de fleurs et d’arbustes taillés.

Les jardins pompéiens constituent des havres de paix, loin de l’activité bourdonnante des rues de la ville. Le jardin à péristyle devient ainsi le symbole ultime de la richesse et de la position sociale, imitant le luxe des somptueuses villas en bord de mer avec leurs vues dégagées et idylliques.

Des masques de théâtre et des statues de figures légendaires animent l’espace, tandis que des fontaines déversent leur eau dans de petits bassins. Les murs décorés de fresques entourant le jardin évoquent des scènes idylliques : faune et flore exotiques, chasseurs et musiciens créent l’illusion de la nature et donnent au maître de maison le sentiment de vivre une existence de rêve. Cette oasis visuelle sert aux Pompéiens à se représenter dans le monde extérieur.

Le jardin pompéien se définit par une interaction enjouée entre le paysage, l’architecture, les jeux d’eau et les peintures. Réel ou peint, il crée un univers enchanté qui insuffle dans le quotidien une touche de surnaturel.

LE 24 AOÛT ?

LE 24 AOÛT ?

L’auteur romain Pline le Jeune indiquera très précisément la date à laquelle il est témoin de l’éruption : le neuvième jour avant les calendes de septembre (nonum kal. Septembres), ce qui correspond dans notre calendrier au 24 août.

Pourtant, d’autres indices portent à croire que l’éruption a lieu en automne et non en été.

 

DOCUMENTS HISTORIQUES ROMAINS 

Des auteurs romains faisant mention de l’éruption donneront onze dates différentes, allant du mois d’août au début de novembre de l’an 79 après J.-C. Certains manuscrits de Pline le Jeune comporteront même des dates divergentes.

 

RÉSIDUS VÉGÉTAUX 

Les fouilles archéologiques iront aussi dans le sens d’une période plus tardive de l’année. On découvrira à Pompéi des restes carbonisés de fruits et de noix (grenades et amandes, entre autres) qui ne mûrissent qu’en automne.

 

LES VENDANGES 

À Boscoreale, au nord de Pompéi, les vendanges d’automne ont déjà eu lieu au moment de la catastrophe et le vin nouveau est entreposé dans d’énormes jarres.

 

LES VÊTEMENTS ET LE CHAUFFAGE 

Enfin, il semble que, le jour de l’éruption, la température soit plus fraîche qu’en été. Les Pompéiens portent en effet des vêtements épais et des braseros sont allumés dans un grand nombre de maisons.

 

LE 24 AOÛT 79 APR. J.-C.

8:00  

Petites émissions du Vésuve. Des secousses sismiques font trembler le sol.

13:00  

Le volcan entre en éruption. Un nuage de débris s’élève dans le ciel et prend la forme d’un pin parasol.

15:00  

Le nuage continue de s’élever. En refroidissant, les débris (cendres et pierres ponces) retombent sur Pompéi.

17:00 - 18: 00  

Les rues sont ensevelies sous les pierres ponces et les cendres volcaniques. Les toits s’écroulent sous le poids des débris. Le nuage, qui s’élève alors à 25 km dans l’atmosphère, obscurcit le soleil. Des éclairs déchirent l’obscurité.

 

LE 25 AOÛT 79 APR. J.-C.

1:00 - 2:00  

Des coulées brûlantes de débris volcaniques mélangés à de la vapeur dévalent les pentes du Vésuve et vont asphyxier la ville d’Herculanum. Les cendres et les pierres ponces continuent de pleuvoir sur Pompéi. La hauteur des débris atteint les étages supérieurs des bâtiments.

4:00  

Le panache volcanique s’effondre, produisant une série de vagues rugissantes formées de cendres et de gaz brûlants appelées coulées pyroclastiques. La première vague atteint Herculanum, tuant tous les habitants encore sur place.

5:00  

La terre continue de trembler fortement. Une deuxième coulée, encore plus chaude, engloutit Herculanum. À Pompéi, la pluie de pierres ponces diminue, mais l’obscurité demeure.

6:30  

Une troisième coulée pyroclastique – la plus puissante jusque-là – atteint les murs de Pompéi, mais s’arrête aux portes de la ville.

6:30 - 7:30  

Une série de puissantes coulées franchissent les murs et engloutissent la ville. Les Pompéiens encore sur place sont tués instantanément.

8:00  

La coulée la plus destructrice atteint Pompéi, précédée par une tempête de feu et d’éclairs. Les structures les plus élevées de la ville brûlent, s’écroulent et sont à leur tour ensevelies.

 

RÉCIT D’UN TÉMOIN

RÉCIT D’UN TÉMOIN

Gaius Plinius Caecilius Secundus, mieux connu sous le nom de Pline le Jeune, est un auteur romain qui a vécu de 61 à 122 après J.-C. Il écrira à l’historien Tacite deux lettres, où il raconte le déroulement de l’éruption, observée depuis sa demeure du cap Misène, située de l’autre côté de la baie de Naples, juste en face du Vésuve. Il a été témoin de la catastrophe en compagnie de sa mère et de son oncle, l’amiral et célèbre naturaliste Pline l’Ancien.

Dans sa première lettre (Epistulae, VI, 16), Pline raconte comment son oncle mourra. Pline l’Ancien se consacre à l’étude quand on lui signale une nuée de forme étrange qui s’élève dans le ciel depuis le Vésuve. Pline décrit la nuée comme ayant la forme d’un pin, reposant sur un tronc très haut et se divisant en plusieurs branches (ce qu’on appelle aujourd’hui une « éruption plinienne »).

Pline l’Ancien, qui souhaite étudier le phénomène de plus près, tout en organisant une opération de secours, lance sa flotte en direction du cataclysme, parmi les cendres et les pierres qui pleuvent. Incapable d’amarrer, car la mer s’est retirée, il envisage de rebrousser chemin mais, répondant au pilote qui l’interroge, il prononce la célèbre phrase « La fortune sourit aux audacieux » (fortes fortuna iuvat), avant d’ordonner de continuer.

Il jette enfin l’ancre à Stabies, où il se rend à la villa de son ami Pomponianus. Quand il se décide à reprendre la mer, les flots sont trop agités et l’air est saturé de fumée et de cendre. Pline l’Ancien, ainsi que beaucoup d’autres, ne peuvent plus respirer et meurent sur la plage.

Dans sa seconde lettre (Epistulae VI, 20), Pline le Jeune racontera son propre départ de Misène, le lendemain matin. À l’aube, sa mère et lui décident de fuir avec beaucoup de leurs concitoyens. Quand ils se retournent, une profonde obscurité se répand sur la terre. Pline la décrira ainsi : « …pas comme lorsqu’il n’y a pas de lune et que le ciel est couvert de nuages, mais comme lorsque la lumière est éteinte dans une pièce fermée. » L’auteur poursuivra en décrivant la terreur des gens, les gémissements et les cris qui fusent. Si certains prient les dieux, la plupart se sentent abandonnés par eux. Quand la nuée se dissipe enfin et que le jour apparaît, Pline et ses compagnons d’infortune découvrent un paysage couvert de cendre et des villes entières, avec tous leurs habitants, disparues de la surface de la terre.

La fortune sourit aux audacieux (Fortes fortuna iuvat)

RAPITI ALLA MORTE

RAPITI ALLA MORTE GIUSEPPE FIORELLI ET LES MOULAGES HUMAINS

 

Le lendemain de l’éruption, au petit matin, la colonne de pierres ponces, de cendres et de gaz projetée par le Vésuve retombe au sol sous forme de coulées pyroclastiques. Les quatrième et cinquième coulées atteignent Pompéi. Le flux brûlant (environ 300 °C) tue les gens instantanément.

Collant aux vêtements et à la peau, les cendres fines, en durcissant, enveloppent les victimes dans un linceul. Au fil du temps, les corps se décomposeront, laissant des cavités qui épouseront parfaitement la forme des défunts.

Le 5 février 1863, des ouvriers découvriront une de ces cavités. Giuseppe Fiorelli, alors directeur des fouilles, aura l’idée d’y verser un mélange de colle et de plâtre liquide. Une fois le plâtre sec, on détachera la couche de cendre du sol et obtiendra une réplique parfaite du corps d’un homme au moment de sa mort.

Fasciné par ce qu’il aura sous les yeux, Fiorelli déclarera que la victime avait été « ravie à la mort » (rapiti alla morte), le moulage permettant de saisir, pour la postérité, son dernier souffle. Les innombrables photographies qui sont alors prises enflammeront rapidement l’imaginaire collectif. La nouvelle se répandra comme une traînée de poudre en Europe et en Amérique, rehaussant le prestige du site aux yeux du monde entier.

Pompéi sera transformée en cité mythique, évoquée dans la littérature romantique comme modèle de référence des catastrophes naturelles et de la souffrance humaine.

En 79 après J.-C., Pompéi compte entre 15 000 et 20 000 habitants. Jusqu’à nos jours, plus de mille corps auront été extraits des cendres durcies. Un tiers de la cité, y compris le port et la campagne environnante, n’aura pas encore été fouillé. On ignore le nombre total de victimes, mais une chose est sûre : beaucoup de Pompéiens auront réussi à fuir.

 

DOCUMENTAIRE L’ÉRUPTION DU VÉSUVE DE 1944

DOCUMENTAIRE L’ÉRUPTION DU VÉSUVE DE 1944

La dernière éruption du Vésuve survient entre le 18 et le 23 mars 1944, en pleine Deuxième Guerre mondiale. Les soldats et les aviateurs alliés, postés dans le sud de l’Italie, captent le cataclysme sur pellicule depuis leurs appareils et leur base terrestre, ce qui donne lieu à des séquences filmées inédites pour une éruption d’une pareille intensité. Les Alliés jouent également un rôle déterminant dans l’évacuation des villes environnantes, évitant ainsi bon nombre de pertes humaines.

Les soldats et les pilotes de la 340e escadrille aérienne ne se trouvent qu’à quelques kilomètres de la base du volcan. Plusieurs d’entre eux tiennent un journal des événements et enregistrent les images et les sons de ce séisme d’envergure. Ils racontent alors devoir porter d’épais blousons de mouton retourné et de cuir de même que des « creusets d’acier » sur la tête pour se protéger des imposants nuages de cendre et de pierre ponce.

Les hommes sont forcés d’évacuer les lieux le 22 mars, laissant derrière eux 88 bombardiers alliés. L’éruption s’apaise enfin au bout d’une semaine. Au retour des troupes, la base aérienne est en ruines. La cendre a figé les moteurs, les tableaux de bord ressemblent à des écheveaux de fils calcinés et les verrières des cockpits ont été criblées par des pierres en orbite ou opacifiées sous les griffures des scories fouettées par les vents. Malgré ces lourdes pertes matérielles, la blessure la plus grave se limite à un poignet foulé pendant l’évacuation.

Le 15 avril, les avions ont été remplacés et la 340e escadrille reprend sa pleine vigueur, à partir d’une nouvelle base. « Nous sommes toujours la sacrée meilleure escadrille qui soit. Hitler, vous le prétendu “Grand Rebâtisseur”, retenez la leçon ! »

UNE ÉRUPTION PLINIENNE

UNE ÉRUPTION PLINIENNE

Pendant des siècles, le Vésuve est resté assoupi et son sol fertile a attiré bien des gens dans la région. Ignorants du danger, ils ont construit des villes sur les pentes du volcan. En l’an 79, le Vésuve entre en éruption, projetant des cendres, des gaz et des pierres à vingt kilomètres dans l’atmosphère. Quand cette colonne géante retombe, Pompéi est ensevelie sous des coulées pyroclastiques.

Les vulcanologues qualifient ce type d’éruption de vésuvienne ou de plinienne. L’éruption plinienne tire son nom de l’auteur romain Pline le Jeune, qui observera et décrira l’éruption du Vésuve. De nos jours, le Vésuve est toujours actif. Depuis 1631, date où les premières statistiques ont été compilées, il est entré en éruption plus de cinquante fois, la dernière en 1944.

Le Vésuve est un stratovolcan. Ce type de volcan, de forme conique, comporte une cheminée principale. Dans les stratovolcans, la lave est très peu fluide. Épais et visqueux, le magma, formé de roche fondue, emprisonne les gaz qui s’accumulent à l’intérieur du volcan. Quand la pression devient extrêmement élevée, une éruption soudaine et violente survient. Cette éruption produit une colonne de roches (lapilli), de cendres et de gaz qui s’élève très haut dans l’atmosphère, avant de retomber au sol sous forme de débris et de gaz brûlants – un phénomène appelé coulée pyroclastique.

 

GAIUS RUFUS

Certains objets, protégés par les cendres volcaniques qui les ont ensevelis, ont été découverts à l’endroit même où ils se trouvaient au moment de l’éruption. Sur cette photographie du début du xxe siècle, on peut voir une sculpture debout dans les ruines d’une maison fouillée vers 1861. Le cliché montre le lieu exact où elle se dressait, dans l’entrée (atrium) de la maison.